Sorties

Edito Janvier 2018

J'espère que vous avez passé de belles fêtes de fin d'année, entourés de vos proches. Je vous souhaite de belles choses pour 2018, et bien sûr de très belles lectures et des expériences cinématographiques exceptionnelles.

dimanche 21 janvier 2018

"Hantée" de Christina Lauren

Delilah Blue n'a d'yeux que pour Gavin. Le regard ténébreux et la silhouette toujours parée de noir, le garçon a l'air de sortir tout droit de l'univers sombre et - il faut l'avouer - franchement tordu de ses dessins. Tout chez lui est bizarre, jusqu'à la vieille bâtisse dans laquelle il vit, qui donne une sorte de cachet inquiétant à leur petite ville. Lorsque Gavin décide d'emmener Delilah chez lui, un privilège exceptionnel, elle découvre avec stupeur que les lieux semblent capables de communiquer. Cheminée, par exemple, allume sur demande son propre feu. Lit s'agrandit selon les exigences de Gavin, et Piano lui a appris à jouer lorsqu'il était petit. Très vite, Delilah va comprendre que ce qui vit ici n'est pas humain... A quel prix gagnera-t-elle le droit d'aimer le propriétaire de ces lieux tourmentés?


Il y a deux types de Young Adult: celui assez mature et violent comme "Hunger Games" et "Le labyrinthe", et celui plutôt chaste à la "Twilight". Cette histoire, "Hantée", propose une troisième catégorie de Young Adult: le mysticisme doucereux à la sauce Disney. Je m'explique.

Cette maison est littéralement vivante, à sa façon: nous retrouvons ici le côté "Belle et la Bête", à savoir que les meubles sont vivants, sans pour autant pouvoir parler. La température va permettre de savoir si la pièce est contente, ou pour soigner lorsque quelqu'un est malade. Le goûter est toujours prêt au retour de l'école. Sauf que le propriétaire, Gavin, vit sans parents: c'est toujours Maison qui s'est occupée d'assurer le bon fonctionnement des lieux. La nourriture est livrée à intervalles réguliers. Personne ne semble s'inquiéter qu'un mineur soit en autosuffisance: Maison diffuse des énergies qui dissuadent toute personne mal attentionnée.
Delilah, au début, est acceptée par Maison. Mais une phrase va provoquer des désastres en chaîne: "Gavin, et le jour où tu partiras, à l'Université par exemple". Maison ne l'entend pas de cette oreille: Gavin lui appartient. Point. Maison va alors tout faire pour chasser Delilah. Gavin va alors douter des bonnes intentions de Maison et chercher à comprendre ce qui s'est passé avec ses parents, à entrevoir un avenir ailleurs que dans les mêmes murs où il a toujours vécu.

L'idée de base est très bonne: la mère a voulu baptiser le lieu de vie, sauf que le rituel va dégénérer. Elle même en fera les frais, pas seulement son fils Gavin. Du mysticisme mal appliqué. Sauf que cet aspect est totalement absent de la trame. Quelle incantation a été évoquée, quelle était celle qui aurait dû être chantée? Pourquoi la mère a voulu appeler la vie chez elle? L'hindouisme est très rapidement évoquée, mais cela n'en dit pas plus sur les intentions initiales. La mère n'explique jamais ce qui s'est vraiment passé, même si quelques feuilles ont été trouvées dans un coffre fort.
C'est aussi la facilité avec laquelle Delilah accepte que la maison soit vivante. Elle est attirée par le morbide et ses parents parlent de tout sauf de leur fille: tant que Delilah va en cours, fait ses devoirs et quelques tâches domestiques, est à la maison avant le couvre-feu, pourquoi s'intéresser plus que ça à ce qui se passe dans sa vie.

Ma note: 3.5/5 les meubles parlent ("La belle et la bête"), un garçon un peu bizarre dans une petite bourgade (Forks et vampires de "Twilight"), une fille qui trouve ça chouette une maison vivante (tout juste 2 page des réticences). Il manque l'histoire de cette incantation mal faite et ses conséquences pas à pas installées. L'idée du spiritisme est bonne, le duo Gavin / Delilah est évident.

mercredi 17 janvier 2018

"Le courage qu'il faut aux rivières" d'Emmanuelle Favier

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes: travailler, posséder, décider. Manushe est l'une de ces "vierges jurées": dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l'arrivée d'Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.

Une ambiance feutrée et violente, des traditions qui pèsent et donnent du respect et un cadre. L'évolution de la société avec l'arrivée des feux tricolores par exemple. Une enfance brisée car l'enfant né n'est pas garçon mais fille, donc après déjà plusieurs filles, forcément, ça passe mal: vient alors l'errance et une possible pause dans un village.

Je m'attendais à tout sauf à ça par rapport à Adrian, cet homme qui arrive soudainement au village et qui se fait héberger par Manushe. Cette dernière voit ses voeux remis en question. Adrian va payer le prix fort d'avoir caché son passé. Adrian n’est pas ce qu’il prétend être: mais a-t-il tué, volé, commis un crime qui lui a valu d’être bani d’une tribu?

Face aux obstacles, l'eau s’ouvre un nouveau chemin. Ce qui est le cas d'Adrian: née fille alors que les parents voulaient un garçon, Adrian a dû se battre, a été brimé et finalement a fuis sa condition. Mais sous quelle identité Adrian s'est reconstruit? Quelles ont ses les rencontres qui ont permis de se reconstruire, d'aspirer à l'équilibre intérieur?

samedi 13 janvier 2018

"Les intrus" de Michael Marshall

Depuis qu'il a quitté la police de Los Angeles, Jack Whalen s'est retiré près de Seattle pour se consacrer à l'écriture. Mais le jour où un ancien ami devenu avocat, Gary Fisher, lui demande son aide dans une obscure affaire de double homicide, des événements étranges surviennent dans la vie de Jack: sa femme disparaît lors d'un voyage il reçoit des appels anonymes et un homme armé le menace. Jack suspecte très vite que l'affaire de Gary et la disparition de sa femme sont liées. Son enquête le mène dans un vieux bâtiment désaffecté sur les traces d'une petite fille et d'individus au comportement anormal...


Un ex policier qui tente de trouver l'inspiration pour son deuxième roman, une femme adorable aux petits soins qui travaille dans une entreprise de pub. Jusqu'à ce double homicide: madame et son fils sont tués, le mari est introuvable. Et la femme de Jack commence a des cauchemars de plus en plus fréquents et des absences. A quoi est dû ce revirement de comportement? D'autant plus étrange qu'une fillette de neuf a les même symptômes que madame, sauf qu'elles n'ont aucun lien de parenté. Troubles psychologiques, des tests scientifiques ou une confrérie?

Le lecteur tente de comprendre, malgré l'absence de liens entre les personnages, ce qui peut faire que les troubles psychologiques se déclenchent à quelques mois près et dans des zones géographiques éloignées. Avoir fréquenté les mêmes lieux, ont-ils la même zone géographique de résidence, ont-ils un accident de la route en commun...? Rien de tout ça. C'est bien plus profond, bien plus ancien. Un réseau.

A quel moment faut-il s'inquiéter: jusque un moment de préoccupations qui font que l'on est tête en l'air, ou un phénomène sur du moyen ou long terme? Y a-t-il un passif psychologique familial, un surmenage? Un changement d'attitude fait s'interroger, mais il ne faut pas toujours s'inquiéter: quelle est la ligne à franchir? Surtout que même le mari va finir par s'engager sur une pente dangereuse: le contexte porte à croire que sa femme a vraiment des ennuis.

mardi 9 janvier 2018

"Jeu blanc" de Richard Wagamese

Il faut que Saul Indian Horse raconte son histoire, qu'il se remémore son enfance rythmée par les légendes ojibwés, la récolte du riz et la pêche; son exil l'hiver de ses huit ans et son adolescence, passée dans un internat où les Blancs font tout pour effacer en lui son indianité. C'est pourtant au coeur de cet enfer qu'il trouve son salut, grâce au hockey sur glace. Joueur surdoué, Saul réussit à rejoindre l'élite du sport national, mais c'est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des années 1970.


Les premiers instants sont très inspirés, très inspirants: les légendes, les saisons, la défiance vis à vis de l'école, les soins traditionnels, la langue originale... Puis tout cela s'effondre: la perte des parents, du frères et de la grand-mère vont réduire Saul à néant: le voilà propulser dans un internat religieux, qui fera tout pour casser les rites et les origines de Saul, mais aussi de bon nombre d'enfants de la même tranche d'âge. Suicide, sévices corporels: le salut de Saul sera dans le hockey, mais la personne qui va l'initier sera également un geôlier...

L'issue par la personne qui vous tend le bâton, une famille d'adoption qui va aider à prendre un premier souffle salvateur, puis accepter son passé: Saul va connaître un parcours riche en histoire, en drames, mais aussi en belles rencontres. Un parcours semé d'embuches mais tout n'est pas complètement obscur: des rayons jalonnent le parcours.

Au-delà d'une enfance difficile, c'est le racisme entre les blancs et les personnes à la peau mat. Ce racisme va surtout se voir lors des matchs de hockey sur glace (le "jeu de blancs"): les brimades orales et physiques, malgré un talent évident.

Le lecteur peut parfaitement s'imaginer les plaines, entendre les langues locales, imaginer les mineurs sortir du travail et les bûcheron abattre leurs arbres, écouter le bruit des patins sur la glace et les chocs des cross du hockey, voir les larmes. Les légendes indiennes viennent aux oreilles, imprègnent le rythme de la vie de Saul et des proches.

samedi 6 janvier 2018

"Lola, petite, grosse et exhibitionniste" de Louisa Méonis

Auteur de romans érotiques la nuit et, le jour, assistante d'une chef aussi tyrannique que botoxée pour une grosse boîte new-yorkaise: jusque-là, je ne m'en sortais pas trop mal - enfin, si on oublie le désert de ma vie sentimentale qui se résumait à de ponctuels tête-à-tete romantiques avec Jeannot-le-vibro. Mais il a fallu que mon PDG décède (l'égoïste !) et que son fils débarque dans nos bureaux pour le remplacer. Joseph Hamlish n'est plus, vive Jérémy Hamlish ! Alians M. l'héritier-et-fier-de-l'être, alias M. je suis un dieu vivant - ou "gare à vos culottes" pour les intimes. Et c'est là que tout s'est compliqué. Parce que moi, j'ai beau être une fille bien sous tous rapports, le jour où je me suis retrouvée dans un ascenseur avec l'incarnation de mes fantasmes, forcément, j'ai dépassé les bornes. Et le pire c'est qu'aujourd'hui, je n'ai qu'une envie: recommencer.


1,59m pour 65kg: voici l'héroïne de cette histoire. Sa vie intime est très calme, tandis qu'au travail c'est un autre ton: une chef tyrannique, passée par la case chirurgie, un collègue-ami gay en phase existentielle (demander ou pas son conjoint en mariage?). Tout va basculer lorsque le big boss va trépasser, et l'héritier pointer le bout de son nez: rien de tel pour Lola que de se mettre quasi nue (pour se changer) dans l'ascenseur, aux côtés dudit nouveau PDG. Et c'est le début de la fin: il va montrer un vif intérêt pour Lola, au détriment des poupées Barbie qui arpentent les bureaux et qui font de l'oeil à cet homme.

Lola assure l'écriture de livres pour adultes, d'ailleurs quelques petites références à "50 nuances" au tout début de l'histoire; une référence aussi lorsque le nouveau patron arrive: il a les yeux gris. L'évolution de la relation avec Joseph va inspirer Lola pour l'écriture: les hauts et les bas vont influencer les destins des personnages, sans oublier les rêves de Lola aussi.
C'est aussi la famille. Quelques anecdotes des vacances viennent ponctuer le récit des aventures de Lola. Le lecteur découvre pas à pas avec qui Lola a grandit et ce que sont devenus les membres de la fratrie.

Le côté exhibitionniste est peu présent: une scène dans l'ascenseur et dans une ruelle à l'heure de pointe dans la ville. Pour le coup, on reste sur du soft dans la réalité. C'est surtout l'écriture du roman et les rêves qui permettent ce côté excentrique. Nous restons quand même à part de "50 nuances": il y a de l'intimité, certes, mais beaucoup moins détaillées que la saga d'E.L James. D'autant plus que l'histoire évolue rapidement sur de l'action: l'intimité compte pour le premier 1/3 de l'histoire, et à chaque fois quelques lignes.
Petite oui, elle n'atteint pas le mètre soixante: comme le souligne Lola, c'est compliqué pour atteindre la boîte de conserve en haut des étagères au supermarché.
Grosse, comme Lola le met en avant, elle est boulotte. Lola ne résiste pas aux cupcakes et muffins, en plusieurs exemplaires à chaque fois. Même son chat est en surpoids.

Pour résumer "Lola..." c'est une histoire qui va passe de l'écrivaine érotique qui mange hyper sucré et qui a quelques problèmes relationnels au travail et dans le privé, à un roman d'action pour finir par un mariage et une grossesse.

mercredi 3 janvier 2018

"Origine" de Dan Brown

Robert Langdon, le célèbre professeur en symbologie, arrive au musée Guggenheim de Bilbao pour assister à la conférence d'un de ses anciens élèves, Edmond Kirsch, un éminent futurologue spécialiste des nouvelles technologies. La cérémonie s'annonce historique car Kirsch s'apprête à livrer les résultats de ses recherches qui apportent une réponse stupéfiante sur l'origine et le futur de l'humanité. Mais la soirée va brusquement virer au cauchemar. Les révélations de Kirsch risquent d'être perdues à jamais. Contraint de quitter précipitamment Bilbao, Langdon s'envole pour Barcelone en compagnie d'Ambra Vidal, la directrice du musée. Ensemble, ils vont se lancer en quête d'un étrange mot de passe qui permettra de dévoiler au monde la découverte de Kirsch.


Le binôme Dan Brown / Robert Langdon n'est plus à présenter, ni les analyses de symboles assez poussées jalonnant les enquêtes: Da Vinci Code, Le symbole perdu, Forteresse Digitale... Les bases sont en béton armé, une évolution crescendo sur fond de suspens et de courses poursuites.

Bref. Nous voici en Espagne, le fils unique du Roi est sur le point de prendre la succession du patriarche, sur son lit de mort, malade. Il a fait sa demande au mariage alors que madame la roturière intervenait sur un plateau télé. Langdon visite une exposition avant d'assister à l'intervention de Kirsch, et la soirée va tourner à la catastrophe: Kirsch va se faire tout simplement descendre. Et c'est parti pour Langdon et Ambra: trouver le mot de passe pour mettre à jour le fin mot de la conférence, suivi par des centaines de milliers de personnes, en direct.

Il va falloir analyser des livres, déchiffrer des stickers sur des pare-brises de voitures, démêler le faux du vrai parmi la garde royale et l'archevêque conseiller du Roi. Même le Roi et le fils sont soupçonnés. Même le lecteur ne sait plus qui croire parmi les gentils et les méchants. Au final, s'agit-il d'un sujet religieux ou d'évolution de l'humanité, ou les deux?

Des symboles sont dessinés et expliqués. L'histoire du catholicisme est retracée en fonction de la trame de l'enquête, sans s'éparpiller. Une histoire additionnelle, pour ne pas oublier que la vie continue à côté: l'histoire d'amour entre le Prince et la Roturière (qui rappelle la Royauté britannique soit dit en passant).

lundi 1 janvier 2018

"Les filles au lion" de Jessie Burton

En 1967, cela fait déjà quelques années qu'Oodelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s'y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d'art est acceptée; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire. Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n'est qu'il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l'air d'en savoir plus qu'elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d'Odette. La jeune femme décide de déchiffrer l'énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d'amour et d'ambition enfouie au coeur de l'Andalousie des années trente, alors que la guerre d'Espagne s'apprête à faire rage.


A une trentaine d'année d'écart, une oeuvre d'art aura une témoin de son histoire, ce qui permettra de rétablir sa vérité sur son origine: le peintre, à l'origine des Filles au lion, n'est pas celui qu'il prétend être. Lawrie en est l'innocence incarnée: tout ce qu'il peut en dire, c'est que cette oeuvre était trimballée sans cesse par sa mère. Tout comme Marjorie Quick, elle n'est pas cette simple directrice d'entreprise.

Le lecteur découvre une partie de l'histoire d'Espagne, au travers du voyage de l'enquête sur cette oeuvre: comment elle a été pensée, qui a peint, qui est le commanditaire et dans quelle ville... Ce qui est loin des livres d'Histoire rébarbatifs que nous pouvons connaître: nous voyons les péripéties depuis l'intérieur de l'Espagne, avec les déboires d'une famille.

C'est aussi la place de la femme dans les années 1930-1970: les codifications sur les attitudes avec les hommes, les aspirations, la crédibilité lors de discussions. Une enquête artistique pour comprendre l'histoire d'une oeuvre, dont l'historique du peintre est proche du néant, et ce à cause de la guerre. Originaire de Trinidad, Odelle se plait à Londres, vit en colocation, et fait parfois face aux remarques sur sa couleur de peau, mais en subtilité.